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De la démocratie en numérique

Internet est davantage qu'un simple outil : il est aussi un lieu de l'expression démocratique. Nous proposons donc d'organiser les institutions de la démocratie numérique en créant le Parlement virtuel, qui ouvrirait la voie vers l'exercice d'une démocratie directe : la démocratie des corps élémentaires...
(De la démocratie en Numérique, par Mehdi Benchoufi)Par Mehdi Benchoufi, Président du Club Jade. Publié dans le Monde.fr le 16 juin 2010.Internet est davantage qu’un simple outil : il est aussi un lieu de l’expression démocratique. Nous proposons donc d’organiser les institutions de la démocratie numérique en créant le Parlement virtuel.

 

A la lecture des différents rapports rédigés en vue de la réformeconstitutionnelle de 2008, on s’étonne puis on s’émeut de ce qu’en aucune manière la question de l’impact des nouvelles technologies n’aura été abordée. Le débat s’épuise donc en des querelles aussi byzantines que convenues, autour du partage des trois pouvoirs, les uns dénonçant l’atmosphère de promiscuité entre ceux-ci, d’autres injuriant une mâchoire de l’exécutif bloquée sur le législatif. Les aspirations du peuple semblent un peu absentes.
Certes, l’indépendance des pouvoirs est une exigence démocratique qui ne souffre pas l’exception mais l’indépendance des pouvoirs relativement au peuple est une faute. En effet, le gisement d’information qui s’accumule sur Internet et la possibilité de s’exprimer publiquement au vu et au su de tous changent la donne quant à la conception de notre espace démocratique. Au travers de la multiplication des blogs, des forums, et des idées souvent hétérodoxes, parfois brouillonnes, qu’ils véhiculent, on ne peut que constaterqu’il y a là une sorte de boulé spontanément formée, certes peu organisée mais qu’il importe de considérer. Car la souveraineté de l’expression populaire s’organise progressivement aussi bien qu’elle est en train defranchir et bientôt de s’affranchir des bornes que prescrirait une démocratie exclusivement représentative.
Depuis la révolution française, une des tendances de fond est l’affirmation croissante des corps intermédiaires comme un des acteurs de notre espacepolitique. Dans les démocraties les plus avancées, les choix politiques sont le fruit de décisions partagées impliquant l’Etat, les syndicats, les experts. L’irruption des blogs, des médias numériques, des clubs de réflexion tant locaux que nationaux traduit l’arrivée d’une génération spontanée d’acteurs nouveaux, qui entendent exprimer leur opinion et investir l’espace public aux moyens de propositions qu’ils souhaitent originales. Ce flux ascendant de l’expression citoyenne, qui tend à se propager du peuple vers ses élites, le tout médié par une plate-forme formidablement efficace qu’est Internet, s’apparente – osons le mot – à un changement de paradigme. Prolongement de la société des corps intermédiaires, cette société, que nous qualifierons de corps élémentaires, est à venir.
Ainsi, l’horizontalisation des rapports de pouvoir induite par l’émergence de modes d’implication politique originaux crée ce que nous pouvons appelerune désintermédiation des rapports sociaux et politiques. Il n’est plus nécessaire ou dirimant de déléguer aux responsables politiques la faculté d’élaborer les politiques publiques. Le foisonnement des clubs de réflexion, des ONG commencent à y suppléer dans la mesure où les premiers s’efforcent de construire des propositions sans passer par la «case» parti et les seconds se saisissent de l’intérêt général et l’incarnent sans passer par la «case» Etat. La situation de quasi-monopole de la production de propositions politiques détenus par les partis s’écorne au profit d’une expression davantage spontanée, qui s’efforce d’être libre et citoyenne. De la même façon, s’il est clair qu’en règle générale les blogs n’ont que peu d’audience, ils initient néanmoins un mouvement qui expose bien la capacité d’investissement de l’espace public par des acteurs ne relevant pas de forces politiques établies.


Démocratie numérique


Voici quelques éléments pour installer le logiciel numérique dans l’espace politique :
Nous pensons que la notion, longtemps opératoire, de démocratie représentative n’est plus nécessaire et suffisante. Il irait d’un certain sens de la modernité et de l’audace si d’aventure nous nous rendions capables de ménager un espace à une forme d’expression politique nouvelle, procédant de ce qu’il convient d’appeler la démocratie numérique.
Bien entendu, in abstracto, cette dernière existe déjà, mais il serait juste d’indiquer qu’il existe une barrière à son entrée, une barrière à la publicité de l’expression : la notoriété. Si quelques blogs parviennent à se dérober à l’obscurité de l’anonymat, c’est en règle générale la renommée préalable de leurs auteurs qui l’explique. Pourtant l’espace public numérique, parce qu’il permet à tous de se rendre au même endroit en un clic et éventuellement de s’y exprimer, représente un complément extraordinairement fécond pour une démocratie strictement représentative. Comme jadis cette dernière fut consacrée par la fondation de l’Assemblée nationale, nous proposons donc d’organiser les institutions de la démocratie numérique en créant le Parlement virtuel. Chacun pourrait apporter son écot à la production d’idées utiles à la collectivité, moyennant les principes de fonctionnement suivants :
- Le Parlement virtuel est un lieu consacré à la proposition. Le commentaire de l’action gouvernementale y est proscrit.
- Le Parlement virtuel n’est pas un lieu d’indignation sporadique. La participation est conditionnée à l’atteinte d’un seuil de vingt personnes qui, une fois groupées, ont la possibilité de contribuer à l’élaboration des propositions.
- Sur chacune des grandes thématiques de l’action publique, un système de notation croisée prévaut : chaque groupe doit noter la production de ses collègues, toute notation étant accompagnée d’un argumentaire qui l’explique. Chaque citoyen peut noter les propositions émises par les groupes.
- Les groupes peuvent associer leurs productions, améliorant leur notation, ettrouver des compromis.
La possibilité offerte par Internet de procéder à des consultations électroniques dans des conditions logistiques et de coût optimaux ouvre la voie à un usage facilité et généralisable du référendum. C’est alors un premier pas en direction d’un exercice régulier d’une démocratie directe. L’échelon local est à ce titre un excellent laboratoire. Impliquer nos concitoyens dans la gestion de leur cité en leur accordant clairement les moyens d’y participer lèvera, en créant une habitude délibérative, un intérêt pour l’intérêt public local, lui-même préface, finalement naturelle, à la manifestation d’un intérêt pour l’intérêt public national.
On nous objectera que les citoyens n’ont pas la possibilité, le temps ou l’envie de s’investir dans la vie de leur cité, ce à quoi nous répondrons que la distance croissante entre les décisions et ceux auxquelles elles s’appliquent est au fondement même du désintérêt sinon du dégoût des français pour la chose publique. L’intérêt que l’on attache à sa propre citoyenneté peut être éduqué. A ce titre, il s’agirait d’instaurer, dès le collège, des modules d’éducation civique aux moyens de ce que l’on appelle les serious games. Il s’agit de jeux éducatifs qui, par exemple, peuvent apprendre à créer puis gérer une ville (infra-structure, logement, commerce...). Se confronter, de façon ludique et constructive, aux réalités locales, est une excellente porte d’entrée dans l’espace d’initiative publique. Ce peut être un point de départ àpartir duquel les principes plus généraux du vivre-ensemble peuvent être saisis, par-delà les idéologies.


Une révolution des pratiques démocratiques


En ce qui concerne les élus, si l’on veut que leur parole soit moins une surenchère permanente qu’un engagement qui les oblige, il serait utile que chacun d’entre eux, une fois élu, publie sur un site dédié à leur circonscription l’ensemble des engagements qu’ils ont formulé. Le peuple pourrait ainsi suivre in situ le respect ou non des promesses formulées. Il y a là un moyen d’insuffler une nouvelle crédibilité à la parole publique, condition incontournable de la confiance qui doit être restaurée entre le peuple et ses représentants.
Il existe une institution sensée constituer un relais fort de la société civile organisée. C’est le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Cet organisme n’existe que péniblement. Ici aussi, la diversité des composantes de la société française peine à y prendre figure. Une diversité ici entendu comme le fruit de l’irruption dans l’espace public des acteurs que nous évoquions plus haut (bloggeurs, cercles de reflexion...). Le CESE gagnerait ainsi à s’ouvrir et à enrichir ses rangs de ces nouvelles têtes de l’espace public.
En conclusion, les responsables politiques, dans leur majorité, considèrent tout au plus Internet comme un outil de facilitation du vote, rendant l’usage du référendum plus commode. Les plus avant-gardistes y devinent un moyen nouveau de militantisme, une manière d’amplifier l’effet de levier électoral. Nous estimons pour notre part qu’Internet est davantage qu’un simple outil : il est aussi un lieu de l’expression démocratique. La puissance de refondation du lien social et de réformation des consciences politiques qu’il induit est largement sous-estimée. Ce n’est rien moins qu’un nouveau plan de l’espace public qui se configure sous nos yeux, et dans la mesure où l’espace public est consubstantiel de la démocratie, c’est d’abord une révolution des pratiques démocratiques qui semble être en germe.