Interview de Thiébaut Weber, secrétaire confédéral à la CFDT chargé des questions de jeunesse

Comment se situe la CFDT dans le contexte de grève contre la réforme des retraites, notamment par rapport à la grève reconductible ?

Les militants de la CFDT sont mobilisés dans un contexte de radicalisation difficile à gérer car lié à un mutisme du gouvernement qui refuse tout dialogue.

Alors que la réforme des retraites aurait pu être l’occasion de renforcer le dialogue social, le gouvernement, fermant les yeux face aux preuves objectives démontrant les injustices de ce projet

et son non bouclage financier, bloque au contraire le dialogue avec les partenaires sociaux et, partant, les radicalise. La situation est donc inconfortable mais nous préférons ne rien forcer.

Certaines organisations comme la CGT connaissent une radicalisation en interne. Ce n’est pas le cas de la CFDT qui a abordé dès juin le débat sur la réforme des retraites dans un climat serein.

La CFDT n’est par par principe pour ou contre la grève reconductible. La balle est dans le camps des salariés qui ne soutiendront pas forcément un tel mouvement de grève : la grève reconductible est faisable mais ne se décrète pas. L’enjeu est de ne pas faire montre d’une incapacité criante des syndicats à mobiliser car ils perdraient alors tout leur poids dans les négociations face au gouvernement.

La radicalisation n’est pas fatale et doit être considérée comme une arme à double tranchant à utiliser avec précaution. Elle risque en effet de provoquer une rupture avec l’opinion publique : considérant le soutien incertain des salariés, une grève impopulaire ferait le jeu du gouvernement.

Seriez-vous pleinement satisfait d’un amendement du texte dans le sens du maintien d’une retraite à taux plein à 65 ans ?

Le Président de la République a décidé de faire de ce texte la réforme phare de son quinquennat et la situation de confrontation est très dure. Nous fondons très peu d’espoir sur un âge légal de 60 ans et une retraite à taux plein à 65 ans. Des aménagements à la marge sont possibles, par exemple pour les pères ou mères ayant trois enfants.

Toutefois, un retour à la retraite à taux plein à 65 ans serait une bonne chose, de même que tout amendement qui atténuerait l’injustice de ce texte. Une pleine satisfaction ne pourra cependant être obtenue qu’en cas de changement global du sens du texte et non par quelques points modifiés.

Gérard Larcher propose une retraite à taux plein à 65 ans pour les familles de trois enfants et plus et les chômeurs de longue durée. Qu’en pensez-vous ?

Ne durant que cinq ans, cette mesure serait inutile. Elle ne serait en outre pas équitable : toutes les familles en bénéficieraient, quel que soit leur niveau de vie.

Quel serait le sens de la réforme que vous mèneriez si vous étiez Ministre du Travail ?

Une réforme juste.

Le système actuel contient des injustices ; une réforme des retraites est donc nécessaire, prenant en compte les différences entre les parcours précaires et les parcours cohérents. Cette réforme doit être menée en profondeur, ne se contentant pas d’atténuer quelques injustices pas des mesures qui, finalement, n’assurent pas l’équilibre social.

Pour assurer la pérennité de notre système de solidarité, par répartition, la question financière ne doit pas être éludée.

Le paramètre utilisé actuellement est celui de l’âge légal du départ à la retraite ; c’est le plus mauvais des paramètres. Il faut jouer sur la durée de cotisation pour tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie.

Notre système actuel est illisible et éclaté, empêchant les salariés de faire des choix de carrière et de vie personnel de manière sûre. On devrait pouvoir bénéficier d’un système de retraite à la carte : un système transparent permettant aux salariés de savoir ce qu’ils ont cotisé, ce qu’ils doivent compléter, de connaître les droits qu’ils ont accumulé, de choisir de reporter leur départ à la retraite et de prendre des temps de respiration au cours de leur parcours professionnel. Cette réforme devra donc être abordée sous l’angle du temps de travail tout au long de la vie.

La réforme doit aussi être plus juste dans la mesure où elle accroîtrait la part de financement par la capital, qui ne s’élève actuellement qu’à 15%. Dans le cadre d’un système par répartition, l’essentiel du financement doit être assuré par les cotisations des salariés. Cependant, le capital pourrait servir de système de financement complémentaire compensant les inégalités et participant à la péréquation entre parcours précaires et parcours cohérents. Ce serait l’occasion de rendre l’imposition plus juste grâce à la création d’une tranche d’imposition supplémentaire.

Proposez-vous le passage à un système de retraite par points ou par comptes notionnels ?

Ces systèmes comportent de nombreux avantages, notamment le système par comptes notionnels dans lequel réside l’idée d’une responsabilité par génération. Pour autant, la CFDT ne peut se mettre à la place du gouvernement et défendre la mise en place d’un système précis. Nous préférons donc défendre un certain nombre de critères à respecter dans le cadre d’une réforme plutôt que choisir une appellation qui ne sera pas toujours comprise par tous. Par ailleurs, un système hybride pourra être mis en place en France.